INTERVIEW Michel MATHIAS

"La robe ou le pantalon", paru cet hiver aux Editions le Lys Bleu, est un premier roman. Son auteur, le sémillant breton Michel Mathias, a d’abord songé à convoquer le point d’interrogation lorsque ce titre, que d’aucuns pourraient juger énigmatique, s’est imposé à lui. Très vite, il s’est ravisé : la question sous-entendait tout à la fois une réponse et un choix, jugés bien trop décisifs. Oubliée l’interrogation un temps envisagée. Restait le point… que nous avons tout naturellement eu l’envie de faire avec lui.

Sans trop en dire sur le contenu de ce livre, à quoi son titre fait-il écho ? 

"La robe ou le pantalon" est en fait un titre à tiroirs. Qui préfigure les alternatives que j'évoque à travers ce livre. La première d'entre elles est celle de la vie laïque ou religieuse. Une discipline monastique qui d'ailleurs oblige à la robe de bure ou au pantalon, selon que l'on soit à l'intérieur ou l'extérieur du monastère. Le roman relate une rencontre avec Dieu et les décisions à prendre en conséquence. Mais c'est aussi un titre qui symbolise l'homme et la femme. Et qui a pour objet de questionner la sexualité du personnage central. Enfin, et de manière plus latente, plus subtile peut-être, on y devine les métiers de la robe, en vigueur sous l'Ancien Régime, qui opposaient la robe du magistrat, du médecin etc... aux fonctions de l'armée. Et donc des métiers dits intellectuels face à des métiers plus physiques. Tour à tour illustrés par le personnage de Paul - étudiant en médecine qui découvre le milieu humanitaire - partagé entre deux envies : le confort d'un hôpital, d'un cabinet médical et l'expérience plus audacieuse du terrain en terres étrangères et souvent hostiles. 

 

 

Où le roman puise-t'il son origine ? 

J'ai cette grande chance d'avoir une expérience de vie suffisamment riche. Quand il m'arrivait de raconter les choses autour de moi, mon entourage me soufflait l'idée d'en faire un film. Le hasard a fait que je rencontre à l'époque Saje Distribution, qui m'a proposé de lui adresser un scénario. Puis le confinement est arrivé et je suis tombé sur des carnets de voyage, autour de l'Afrique notamment. J'ai alors commencé le travail d'écriture en privilégiant un scénario, que j'ai soumis à mes proches. Ils ont aussitôt décrété que ce devait être un roman et non un scénario. Le livre doit aussi beaucoup aux plus jeunes que j'entends évoquer à répétition la difficulté de devoir faire des choix personnels, universitaires et professionnels. J'ai eu l'envie de leur raconter mon parcours de vie. 

 

Que saviez-vous de ce premier ouvrage quand vous en avez commencé l'écriture ? 

J'avais bien évidemment l'histoire en filigrane mais il m'a fallu construire de toutes pièces et au fur et à mesure certaines parties du roman. 

 

Qui s'est construit autour de l'idée où de l'écriture ? 

Autour de l'écriture. Il m'est arrivé d'avoir du mal à mettre un point final à certains chapitres, que je jugeais incomplets. J'y apportais par conséquent de nouveaux éléments. Tout s'est construit pas à pas. Le roman étant partiellement autobiographique, et sans pour autant raconter tout mon vécu, j'avais à cœur de relater aussi les expériences et les témoignages de personnes croisées en chemin. Je me suis nourri de ces rencontres pour une histoire qui prend corps dans les années 90 et s'échelonne sur une dizaine d'années. 

 

En grande partie autobiographique donc, ce qui implique des instants douloureux, possiblement des chapitres plus compliqués à coucher sur le papier ? 

Ah, la fameuse thérapie... On m'a souvent posé la question. Les choses appartenant définitivement au passé, il m'a été plus facile de prendre cette distance nécessaire et de raconter les faits sans en être imprégné de la même façon. Il y a eu de bons et mauvais moments dans l'instant, mais je n'ai jamais eu cette prétention de croire que ma vie pouvait être un roman. Un jour, fort de tout ce bagage, mon histoire, qui est aussi en partie romancée, est devenue évidente. Et l'écriture l’est devenue encore plus. 

 

 

Pensez-vous justement que cette histoire puisse faire bouger les lignes ? Croyez-vous aux vertus de votre livre ? Et aux pouvoirs du livre en général ? 

C'est précisément l'une des raisons qui m'ont poussé à écrire. Au-delà de raconter simplement une histoire, c'est une volonté de partager une expérience. Expérience atypique puisqu'il s'agit de la rencontre d'un homme avec Dieu et, en parallèle, celle d'un homme avec un autre homme. La découverte de l'amour en milieu religieux est un sujet qu'on évoque peu... Et oui, je crois aux pouvoirs des livres. Y compris du mien. Cette expérience est très personnelle mais les réactions des lecteurs sont éloquentes. Certains d'entre eux se montrent bouleversés pour avoir vécu des situations similaires, d'autres se disent touchés parce qu'ils n'imaginaient pas que l'on puisse passer par ces états-là. L'état amoureux, spirituel, ce ressenti pleinement humain. Paul se découvre une vocation auprès des autres, mais pas seulement. C'est presque de l'ordre de l'amour universel, dans la mesure où le personnage a envie de donner. De beaucoup donner. 

 

C'est une histoire qui se traduit par un certain nombre de renoncements ? 

Par des choix, non des renoncements. Paul pense qu'il lui faut choisir, mais les lecteurs découvrent au fil des pages qu'il n'est en rien décidé à trancher : c'est un jeune homme gourmand, qui a une faim et une soif conjuguées de tout ! C’est surtout une histoire qui permet d’élargir les horizons, d’ouvrir son esprit, ce à quoi je tiens profondément. Cette ouverture d’esprit est fondamentale à mes yeux.

Si vous deviez convaincre le public de lire votre plume, que lui diriez-vous ? 

Je commencerais par lui dire que c'est un roman assez court et qui offre une lecture rapide, ce qui est une volonté pleinement assumée. Je souhaitais ainsi inciter celles et ceux qui ne lisent pas ou peu à le faire. J'évoquerais ensuite bien évidement son sujet qui mêle affectivité, sexualité, spiritualité et parle de tous ces choix que nous sommes supposés faire à vingt ans à peine. Je trouvais intéressant d'aborder des thèmes dans lesquels chacun(e) peut tôt ou tard se reconnaître. 

 

Quelle importance donnez-vous à l'accueil de ce premier roman ?

L'idée était avant tout pour moi de me lancer dans ce travail d'écriture et de savoir si je pouvais aller jusqu'à être édité. Ce que je vis aujourd'hui confirme l'envie que j'avais, sitôt le livre publié, de poursuivre cette belle aventure.

 

Avec l'envie de passer à un autre genre littéraire ? Ou de prolonger, pourquoi pas, l'histoire de Paul ? 

J'ai le sentiment d'avoir fait le tour du personnage de Paul. Mais peut-être y reviendrai-je... Il y a toute une période de sa vie que je ne raconte pas dans le livre. Sciemment. Il pourrait donc bien apparaître dans un prochain roman sans en être l'élément central. Pour l'heure, je préfère un tout autre genre, malgré la récurrence de certains thèmes : la médecine, la spiritualité, les sciences... Je travaille actuellement sur un roman ésotérique. Le fantastique, le polar, les cultures étrangères et les voyages aussi m'inspirent. Cela compte d'ailleurs parmi mes lectures de prédilection. 

 

Des auteurs en particulier ? 

Quelques uns... En fait, je lis énormément, tous styles confondus. Aussi bien du roman classique que des nouvelles ou bien encore de la BD. J'aime beaucoup l'univers de Pierre Lemaître. Et Olivier Bourdeaut, dont le premier roman, "En attendant Bojangles" m'a littéralement bluffé. Être capable de faire vivre autant d'émotions en si peu de pages... Ce qui est aussi le cas d'Aurélie Valognes, dans sa description affûtée du quotidien. 

 

Vous êtes médecin avant que d'être écrivain. Les deux sont-ils compatibles ? Quel a été votre cheminement ? 

Compatibles ? Sans aucune doute. Pour moi la médecine est un art que l'on exerce selon des connaissances, des pratiques. C'est aussi, quand on y réfléchit, un métier d'écriture : les ordonnances, prescriptions, dossiers médicaux... C'est en préparant ma thèse que je me suis découvert le goût de l'écriture, que j'ai appris à articuler les mots. Au point d'en faire aujourd’hui un mode d'expression à part entière. C'est un exutoire : se poser et écrire me font le plus grand bien. 

 

 

"La robe ou le pantalon", Michel Mathias, 306 pages (Lys Bleu Editions)

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